Un expert accessibilité : pour quoi faire ?


Les personnes sourdes témoignent souvent de la difficulté qu’elles ont à faire comprendre à leur RH ou à leurs managers leurs besoins en accessibilité et à obtenir des adaptations de poste pertinentes.

Cela occasionne de réelles souffrances au travail que les personnes sourdes ressentent comme de la discrimination. (cf : https://pepsa3.com/2016/02/17/les-sourds-et-la-souffrance-au-travail/)

La FNSF (Fédération Nationale des Sourds de France) a même constitué une commission discrimination pour réfléchir à ce sujet, tant il est récurrent et aigu parmi les sourds.(voir : http://www.fnsf.org/nos-actions/commission-discrimination/)

PEPSA3 a largement participé aux travaux de cette commission en s’appuyant sur l’expertise et la réflexion construites sur les situations de terrain traitées depuis 2009. Nous avons aussi apporté des propositions de solutions concrètes à mettre en œuvre tant pour les personnes sourdes qui se sentent bloquées dans leurs démarches que pour les RH qui ne savent pas comment aborder le sujet de la surdité.

Le rapport final est téléchargeable sur  notre page « publications » : https://pepsa3.com/2015/12/09/publications/

loupeDe tous ces travaux menés pendant plus de un an, dans des groupes de travail mixtes (sourds et entendants), est ressortie le besoin fondamental d’un expert accessibilité, pont culturel et linguistique entre la personne sourde et son environnement entendant.

Ces experts, comme PEPSA3, sont rares en France car ce métier requiert des compétences précises et très pointues mais aussi parce que les personnes sourdes dans l’emploi étant très peu nombreuses, il s’agit, d’un point de vue économique d’un marché de niche, très confidentiel.

Mais qu’est-ce qu’un expert accessibilité en matière de surdité ?

 Sa mission :

  • Faciliter la relation sourd/entendant et en particulier résoudre les tensions entre personnes sourdes et employeurs générées par une accessibilité insuffisante et ce, avant que la personne sourde ne s’engage dans des procédures mal vécues par l’employeur telles que l’appel aux syndicats, à l’inspection du travail ou au défenseur des droits, dernier recours dans les situations de discrimination.
  • Adapter les postes de travail sur mesure (voir:https://pepsa3.com/2016/04/08/comment-reussir-une-adaptation-de-poste/)
  • Accompagner les employeurs dans la compréhension du handicap de surdité, former les équipes, prévoir les outils d’accessibilité (aides humaines ou aides techniques) en fonction des situations.
  • Accompagner les personnes sourdes dans la compréhension de leur environnement professionnel et dans le décryptage des réactions de leurs collègues face à la surdité.

Compétences :

  • Connaitre le monde de la surdité et savoir appréhender la variété des profils de personnes sourdes
  • Etre bilingue français/LSF pour mener des entretiens directement avec les personnes sourdes et ainsi créer la relation de confiance nécessaire
  • Savoir coder en LPC pour les personnes sourdes oralistes qui utilisent ce code
  • Connaitre les outils d’accessibilité disponibles que ce soit les aides techniques (appareil auditif, boucles magnétiques, amplificateurs de téléphonie, centre relais etc…) ou les aides humaines (interprètes, codeurs, transcripteurs). Maitriser leur fonctionnement et disposer de réseaux professionnels pour conseiller les entreprises dans le choix de leur fournisseur.
  • Connaitre le fonctionnement du financement du handicap en France pour orienter son client dans les démarches administratives (dans les entreprises, la méconnaissance des fonctionnements de l’AGEFIPH ou du FIPHFP entraine souvent l’absence d’accessibilité, par crainte de générer des dépenses)
  • Etre en capacité de comprendre l’articulation du monde professionnel (secteur privé et public) et d’analyser les interactions de communication de chaque poste de travail. Comprendre les métiers d’une entreprise et sa culture.
  • Avoir une forte capacité de conviction et savoir s’adresser de façon pertinente et adaptée à tous les niveaux de l’entreprise (dirigeants, managers, collègues).

Indépendance et neutralité :

L’expert accessibilité se doit d’être neutre et indépendant dans le conseil sur les aides techniques ou humaines à mettre en œuvre.

En conséquence, il ne peut pas être aussi le commercial d’un centre relai ou d’un revendeur de matériel.

Il garantit par ailleurs le secret professionnel sur les échanges et discussions qu’il peut avoir avec les personnes sourdes ou entendantes lors de ses missions d’adaptation de poste, de résolution de crise ou de coaching.

 

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Les jeunes sourds face à l’emploi….

S’insérer sur le marché de l’emploi quand on est jeune diplômé n’est plus aussi simple…. et c’est encore plus difficile pour les jeunes sourds et malentendants.

« L’œil et la main » montre PEPSA3 dans une séance de coaching recherche d’emploi avec un jeune sourd possédant pourtant un excellent diplôme (min 19’13) .

Emission à voir en replay sur :http://www.france5.fr/emissions/l-oeil-et-la-main/videos/travail_le_peril_jeune_16-05-2016_1152969?onglet=tous&page=1

Si un documentaire de 26 mn ne peut pas montrer tous les enjeux de l’insertion professionnelle pour un jeune sourd, on peut cependant retenir quelques conseils clé :

Pour les entreprises :

  • Accompagnement :

Il est difficile d’appréhender les enjeux de la surdité dans le monde professionnel sans connaissance approfondie de ce handicap : faites-vous accompagner par des experts (PEPSA3, bien sûr) dès que vous envisagez d’embaucher un collaborateur sourd ou malentendant.

  • Accessibilité :

Lors des entretiens avec des candidats sourds ou malentendants, focalisez-vous sur les compétences du candidat ; oubliez sa surdité.

Une accessibilité sur mesure, à penser avec un expert, résoudra toutes vos craintes de communication sur  le terrain.

  • Une chance :

Osez imaginer que les jeunes sourds ont certes un point qui vous semble faible (la surdité) mais aussi quantité de points forts à découvrir ! Ils sont souvent, parce que la surdité les a mis en situation continuelle d’adversité depuis leur plus jeune âge : très dégourdis, motivés, ouverts, curieux du monde, très communicants (eh oui ! champions du non verbal), hyper visuels etc… Une vraie chance pour vos équipes !

Pour les jeunes sourds

  • Franchise

Ne cachez pas votre surdité : ni dans votre CV, ni dans vos entretiens. Apprenez à en parler de façon positive.

  • Rassurer :

Rassurez vos interlocuteurs en leur expliquant ce que la surdité vous apporte comme forces et compétences (que n’ont pas les entendants).

  • Accessibilité :

Expliquez clairement l’accessibilité dont vous aurez besoin une fois en poste (interprètes, vélotypie). Donnez-leur des adresses de consultants pour les aider (PEPSA3, bien sûr..). Si vous oubliez d’en parler en entretien, rien ne sera organisé (les entendants ne peuvent pas deviner tous seuls vos besoins) et ensuite, ce sera la spirale de l’échec : incompréhension, malentendu, perte d’information, tensions, extrême fatigue, frustration  etc….

  • Imaginer l’avenir:

Avant de vous lancer dans un  BAC+5, imaginez vers quoi cela débouche et évaluez le profil de communication des postes. Evaluez en quoi ce peut être compatible ou incompatible avec la surdité et quel niveau d’accessibilité cela suppose.

Par exemple, je vois beaucoup de jeunes sourds choisir la filière contrôle de gestion : il faut penser que la carrière de contrôleur de gestion suppose beaucoup de réunions, souvent en anglais, organisées à la dernière minute, beaucoup d’interlocuteurs, des coups de téléphone : bien sûr, ces métiers peuvent être rendus accessibles mais cela suppose un effort financier important de l’entreprise….